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6/1/2009 14 Février 2009. Hurdy-Gurdy à l'OPA.Cela fait à peu près neuf mois que nous nous écrivons quasi-quotidiennement.
Et je n'avais pourtant pas encore "rencontré" Jérôme....
J'avais le disque, lisais ses chroniques, commençais à "cerner" le personnage... Ce concert sur lequel il a tant bossé, ne pouvait qu'être l'occasion idéale pour le voir.
Il y a un moment, où, celui/celle qui maîtrise un tant soit peu les mots, la critique, qui a la langue bien pendue (je parle de moi, là), est bien obligée de se taire.
Le réel "casse". Mais j'ai confiance. Je sais que l'essentiel durera. (bien...je retrouve cette ébauche de billet un 1er Juin, et ne saurais donc le terminer...Tant de secondes passées depuis, de rencontres avec d'autres, de séparations sont venues se greffer sur le reste.) Jérôme, j'aurais tant de choses à écrire si je le pouvais...sur cet homme. Nous sommes allés au cinéma à trois reprises. Le garçon est intenable en salle. Mon pied aux fesses, nom de Dieu! Va-t-il se taire?? (je vais me faire incendier, il déteste ces photos...Moi, je le trouve remarquable, pourtant) "Watchmen" le fait sursauter bruyamment, à chaque giclure et... je trouve ça génial. "Chéri" de Frears est un univers où il serait chouette de le voir se mouvoir. Et l'autre dont j'ai oublié le titre, était lugubre...mais lugubre! Un dessin animé utérin, si je me souviens bien. Gurd' n'est pas quelqu'un de souriant. ça pourrait m'emmerder mais ça me convient tout à fait. La comédie, on la joue assez le reste du temps...J'ai pas besoin qu'on me la fasse. En février, je lui ai fait livrer un bouquet de lys. Qui d'autre que lui méritait cela? ça m'a rendue très heureuse. Il faudra que je recommence. Ses roses furent belles aussi. Je les ai laissées sécher, comme une ado...(je ne compte pas me faire soigner, merci) ![]() ![]() Beaucoup s'interrogent, s'agacent de ce "lien" que j'ai avec lui. Je les emmerde. Il n'y a rien à ajouter. Certaines amitiés ont une évidence. Gurd' se déplace à vélo. Il est beau sur un vélo aussi. Et "ta gueule" si ça t'ennuie... Au fil du temps, j'ai eu l'occasion de le photographier lors de ses différents concerts. J'ai noté une photogénie assez remarquable chez lui. Il a un sens inné de ce qu'il peut/doit rendre à l'image. Le travail en est que plus fluide et aisé. Une séance fut improvisée une après-midi. Je suis très fière du résultat. Il devrait y avoir d'autres occasions. Nous avons parcouru un Leroy-Merlin en long et en large, à mimer une scène de ménage. Cela fut très drôle. C'est dans le même magasin de cette même rue Rambuteau que Virginie m'avait emmenée, à l'époque où je sortais avec elle. Sauf qu'ELLE, me cassait réellement les burnes. C'était forcément moins drôle.
J'aime énormément Julien. Et il me manque... Mais je mérite d'être heureuse. Je pleurais trop souvent. ![]() 1/29/2009 THE WRESTLER (Darren Aronofsky)
Une seule projo de presse pour le film qui a obtenu le Lion d'or au dernier festival de Venise.
J'y vais avec Julien. On fera une critique chacun (même que lui s'en passerait bien...mais je vois pas pourquoi je me casserais le cul toute seule....nan mais, sans blaaaague!)
Au final, nous sommes quatre à avoir publié la critique du film dans le dernier numéro.
Ahahah! (si ça, c'est pas de la "matière", merde!)
On voit le film le mercredi 14 Janvier, au matin, et le mag sera bouclé le vendredi soir. J'écris donc toute une nuit, entre deux journées de merde à l'école...
MICKEY LES GROS BLEUS
Le « chien avec une seule patte » que Springsteen évoque dans la chanson-titre du film, c’est Randy Robinson, dit « The Ram » (« le Bélier »), un champion sur le retour, un vétéran du catch qui ne se produit plus que dans des salles de seconde zone. Le triste mec (sorte de momie bouffie, à la tignasse peroxydée) vit seul dans un mobil-home, arrondit ses fins de mois en effectuant des petits boulots (qui lui vont comme une ballerine à Maïté), et tente, après une crise cardiaque sur le ring, de renouer des liens avec une « gosse » qu’il n’a pas connue et d’en créer de nouveaux avec une stripteaseuse vieillissante, presqu’aussi cassée que lui. Mickey Rourke EST Randy : son âme, ses plaies, sa carcasse lourde et brisée au milieu de laquelle émergent, douloureusement, deux yeux humides. La fin de course d’un gars has-been, bousillé par les excès, rejeté des siens mais encore plein de flamme pour son « art » et son public : la métaphore est évidente… jusqu’au malaise. Rourke apparaît ressuscité, après une longue mise au placard, toutes blessures ouvertes, dans un don de soi total aussi émouvant qu’éprouvant (la confiance qu’il a donné à Aronofsky semble sans limites). Il ne volera pas son Oscar (s’il perd, je me mutile un cheveu à sec, promis).
La prestation est autant physique qu’émotionnelle. Ames sensibles, attention…le catch n’est pas un sport de fillettes. Il s’agit bien d’hyper-violence, très stylisée, et d’un « langage » totalement étranger pour qui n’a pas de pulsions négatives à exorciser sur la face de son prochain, là, tout de suite. Vitres brisées, agrafes et fourchette dans la tronche, barbelés « dans » le corps, du joli sang partout, un mec dans une poubelle qui finit de se faire défoncer par une jambe artificielle (oui, c’est vachement drôle aussi !)…si vous passez le cap de la première heure, vous accèderez à la partie sensible du film, à « l’âme du bourrin », en gros.
Et l’âme vaut le coup. Aronofsky a mis son style en veilleuse. Ici, ce n’est pas la mise en scène qui brûle les yeux (et Dieu sait qu’il nous les a bien crâmés avec son The fountain ! (Gofette va me péter la gueule)) mais ce héros déglingué qui tente une remontée impossible. Filmé de façon quasi-documentaire, le film permet au spectateur de « coller à la peau » du protagoniste (ainsi, dans ces scènes incroyables de vestiaires où une ambiance étonnamment « bisounours » règne, sourires et grandes tapes sur l’épaule à l’appui (« Salut, mon grand ! Alors je te casse la tronche de quel côté aujourd’hui ? Tu préfères le rasoir, les clous, ou mon poing sur ta gueule, à l’amicale ? » / « Innove, mon vieux ! j’sais pas, agrafe-moi, par exemple ! » trop cool, j’vous dis..).
L’occasion de filmer cette « sous-couche » de losers et marginaux que l’Amérique trimballe, comme de vieilles casseroles peu reluisantes (Randy et ses acolytes se shootent aux médocs, font des séances de dédicaces pathétiques dans les gymnases de bleds paumés ; Cassidy enchaîne les strips dans un bar glauque en cachant l’existence de sa « réalité » aux clients (en l’occurrence, son fils qu’elle élève seule))…bref, cette population qui vit de « petites humiliations quotidiennes » pour survivre et ne connaîtra jamais le grand « Rêve Américain », se fait trop rare. Les regards sont flous, désespérés aussi.
Deux beaux portraits de femme dans ce film de mecs : une Marisa Tomei avec un rôle enfin à sa juste mesure, en stripper que plus personne ne demande, petit bout de femme fragile et encore lumineuse…et l’excellentissime Evan Rachel Wood, la jeune actrice la plus bandante (à tous points de vue) que le cinéma nous ait donné depuis longtemps. Elle joue ici la fille de Randy et hérite de deux belles scènes, dont une crise de rejet violent et définitif du père après un rendez-vous manqué, où les deux acteurs sont en parfaite symbiose. La vraie violence du film est là… Ici et là, des notes d’humour noir (dues au script de Robert Siegel, ancien rédacteur en chef d’un célèbre journal satirique) viennent faire rire là où ça fait mal (il faut voir Randy bosser à l’épicerie d’un supermarché et s’adresser aux clients d’une façon…toute personnelle !).
Le final qui voit une « vieille carne en lambeaux » littéralement s’ « offrir » une dernière fois à son public, vous touchera profondément.
C’est l’histoire d’un mec qui voulait encore être aimé…
Conseillé aux super-héros (…d’la loose : les super-zéros, quoi) Déconseillé à ma maman qui fantasmait à plein tube, en 86, sur le Mickey « so hot » de 9 semaines ½ (aujourd’hui, même les fesses nues de Mickey crient « au secours »).
Alexandra Louvet
Interview John Malkovich / Plaza Athénée / 06.01.09Oui...qui aurait cru que j'aurais pu titrer un de mes billets ainsi, il y a deux ans à peine?
La vie est pleine de surprises.
Je suis la seule à ne pas m'étonner.
Je me connais...je sais pourquoi je suis là.
Prétentieuse?
Non...je pense avoir vécu plus de trente ans dans la vie d'une autre, qui ne m'a jamais ressemblée. Ces quelques heures ne sont que l'occasion de mettre les pieds "chez moi", là où je me sens bien, là où les mots et les rencontres ont un sens...
Le lundi 5 Janvier, Goffette, coincé dans son bled, sous la neige, m'appelle pour me demander si je peux le remplacer au pied levé, le lendemain matin, pour interviewer Malkovich.
Malkovich!!!
J'hésite...allez...30 secondes?
Je retourne au taf le lundi après-midi, prépare mon interview jusqu'à 5h du mat', et pars au Plaza.
Ce qui m'a poussée à me suicider ainsi?
L'envie de m'épater, de me faire plaisir, de faire parler un homme que j'admire follement.
Pour ne pas me rassurer, Goffette me dit "l'interview se fait en anglais, mais ça ira! tu te démerderas...". Tu auras 20 minutes, pas plus.
Evidemment, je n'en fais qu'à ma tête et prévois déjà de faire le forcing pour faire l'interview en français! (ce que je vais vite regretter...)
Arrivée là-bas, dans une suite à je ne sais combien de pièces, des téléphones sonnent de partout, les journalistes lisent, écrivent, plaisantent, assis sur des sofas. D'autres préparent leur caméra, leur magnéto...
J'ai le coeur qui bat plus. Je suis "concentrée de la mort qui tue".
Dans l'entrée, d'immenses écrans de télévision renvoient les images de chaque pièce, où sont interviewés chaque acteur du film, le réalisateur, etc...
Les attachées de presse minutent les entretiens, elles guettent la dernière seconde sur les écrans, puis font sortir le journaliste, avant de venir chercher l'un de nous, dans le salon.
Evangeline Lilly, sublime, entre dans la pièce, un grand sourire aux lèvres, et nous dit "j'ai perdu mon gilet, quelqu'un est assis dessus, sur le "couch"?"
J'ai ses fesses à hauteur de mon visage. Je suis rouge comme un champ de tomates, mon coeur pète tous les câbles.
AHAHAHA!
Quelle conne...
Toute ma concentration est portée sur le fait qu'aucun journaliste professionnel ne doit se douter que je ne suis pas des "leurs". Et franchement! bah, je me démerde pas mal, les gars...
Aucun soupçon. Je ne suis pas "grillée" comme la première fois, avec l'attaché de presse de Bouli (qui était devenu livide, après que je lui ai confié que c'etait ma première interview, que je ne connaissais pas du tout Goffette et que je vivais de petits boulots, sans avoir fait aucune études de journalisme). Ahahaha!
En parlant de ça, c'est drôle... Un lecteur m'a trouvée sur facebook. On correspond. Il a mon âge, plutôt beau gosse. Et il me parle comme si j'étais un écrivain ou une femme inabordable. Il dit que cette interview de Bouli est la plus chouette et émouvante qu'il ait jamais lue dans Brazil, qu'il aime mon écriture et mon ton.
ça, je peux vous dire que ça fait vachement du bien aux oreilles....
Je passe en dernier. Je deviens pâle lorsque je vois Guillaume Musso entrer et me dire "bonjour", d'un sourire aimable... Il a une chouette tête, mais quel écrivain merdique, mon dieu! et c'est lui qui vend le plus de romans en France...triste pays!
Duris lui demande si son "ami/e" a vu le film. Musso félicite Duris sur la "scène du cauchemar" qu'il a revu dix fois et qui le bouleverse toujours autant...
J'ai vu le film il y a un mois, et je ne sais déjà plus à quoi il fait allusion.
Le réalisateur est penché à la fenêtre et dit, en regardant les affiches du film, sur les colonnes Morris de l'avenue Montaigne, "Qu'est-ce qu'elle est belle cette affiche! et Evangeline! merveilleuse!". Moi, j'écoute tout, je ne regarde pas, je prends des notes...
Il se plaint des journalistes qui arrivent "déjà plein de préjugés", sans même avoir vu le film. Moi, je pense à ma critique plutôt méchante et j'ai envie de me marrer.
A mon tour!
Malkovich sort de la chambre, il a faim. L'attachée de presse lui dit: "Non, encore une dernière interview, c'est pour la presse" (elle ne cite même pas notre magazine, ça commence bien, putain...). Etrangement, je n'ai plus le trac. Je suis en face d'un homme, ça pourrait être n'importe qui.
Et je veux dialoguer avec lui. Je le sais fin, intelligent, hors-normes...
Ses réponses fades et fatiguées vont me donner la nausée rapidement...
Et voilà, le résultat.
Pas brillant, pas fière...mais contente de ne pas m'être démontée. La retranscription m'a pris deux nuits. J'ai envoyé l'enregistrement audio à Jérôme et à Kevin, les deux seuls hommes en qui j'ai une confiance absolue.
Et je l'ai faite écouter à Julien (oui, mon ami/amant s'appelle Julien, au fait), qui était assez fier de moi, je crois (lui, dit être trop "trouillard" pour réaliser une interview - c'est infiniment dommage, car je suis mille fois plus trouillarde que lui, mais le danger m'excite...il aurait les capacités d'être un excellent journaliste, le con! -)
JOHN MALKOVICH, voix tendre & langue de bois… C’est dans un luxueux palace parisien (je HAIS les interviews qui commencent par cette phrase crâneuse), lors d’un « press-junket » (promo-marathon et interviews à la chaîne de journalistes, entassés sur des canapés de 5 mètres, toutes viennoiseries à portée de main (ouais, la vie est trop dure…)), que je rencontre John Malkovich, à l’occasion de la sortie du très oubliable « Et après ». Valmont, le docteur Jekyll, Klimt, Murnau, le baron de Charlus…autant d’images impressionnantes venant se superposer sur un même visage. Impressionnant, l’homme l’est autant qu’on l’imagine. D’un calme olympien et d’une classe folle, aussi. Cependant, contrairement à ce qu’un excellent film de Spike Jonze voulait nous faire croire, il ne suffit pas de prendre un ticket d’entrée « dans la tête de John Malkovich » pour traverser le miroir et entendre l’acteur se confier, sans réserve. Et ce ne sont pas les courtes 15 minutes accordées (énorme minuteur clignotant à l’appui) qui m’auront permis d’éviter l’ennui et de casser cette fâcheuse langue de bois habituelle des acteurs en mode « après-vente ». Malko était fermé de l’intérieur…je suis restée spectatrice.
Connaissiez-vous Gilles Bourdos et Guillaume Musso, avant de recevoir le scénario ? Guillaume, non. Gilles, non plus. Le jour qui a suivi la lecture du scénario, j’ai vu son film « Inquiétudes », que j’ai aimé. Mais personnellement, non, je ne les connaissais pas. C’est un scénario qu’on a fait parvenir à votre boîte de production, « Mr Mudd », mais vous ne l’avez pas produit. Pour quelle raison ? On a aidé, moi et mes partenaires, au financement du tournage en Amérique, pas au Canada (« Mr Mudd » est basé en Amérique) Vous portez un regard assez lucide et impitoyable sur les différents films qui ont jalonné votre carrière. On vous a vu, l’an passé, dans une émission télévisée, donner une notation assez dure à certains de vos films (http://fr.youtube.com/watch?v=gJjWjqA4Qns). Maintenant que vous avez découvert « Et après », quelle note lui donneriez vous ? Oh, ça, je ne peux pas dire . C’est une bonne question mais il faut avoir un peu de recul quand même… Vous avez été surpris, vous vous attendiez à ce résultat-là ? C’est difficile là, maintenant, de juger. Je vais attendre quelques années, quand même. Vous voyez, quand on fait un film, on pense que ça va être « comme ça, comme ça ou comme ça », et c’est finalement différent. Il faut avoir du temps pour… Savoir de quelle façon il va être reçu, aussi ? Le public fait son jugement… et, parfois, il est très dur. Parfois, c’est peut-être lui qui se trompe aussi ! L’accueil dépend également de la manière dont le film est distribué, de ce qui se passe dans le monde au moment où il sort… Là, ça vous semble être une bonne période pour sortir « Et après » ? Je ne sais pas. (L’acteur me regarde avec une douce ironie, comme si j’étais Raphaël Mezrahi) Le Dr Kay, que vous interprétez, hérite, je trouve, de dialogues assez signifiants et plats. Comment fait-on pour faire exister un personnage qui est une espèce d’ « ombre » envahissante, quelqu’un dont on ne connaît ni la volonté ni le passé ? C’est difficile ? A mon avis, ce qui est le plus difficile dans ce rôle-là, ce sont les fausses pistes qu’amène le personnage. Le docteur Kay, dans le scénario, croit que Nathan (le personnage joué par Duris) n’est pas prêt à entendre ce qu’il faut entendre, et lorsque tu joues une espèce de « guide », ce qui doit être montré aux spectateurs, doit l’être étape par étape et pas « entièrement ». Je crois que le public a l’habitude que tout soit « clair » et parfois, il n’est pas intéressé de procéder étape par étape . Depuis l’époque où, moi, j’ai commencé, le public est devenu de plus en plus « vite » (l'interview a eu lieu en français, d'où quelques hésitations et tâtonnements compréhensibles...). De plus en plus « vide » ? « Vite » ! Il va très vite. Ça veut dire qu’il y a trente ans, tu étais obligé d’expliquer les choses, d’avoir une espèce d’exposition sur tout, afin que les gens puissent comprendre pourquoi ce mec, sa femme, sont comme-çi ou comme-ça… Maintenant, on n’a pas ça. Il y a le « Action ! » et on y va. Donc la psychologie n’a pas forcément d’importance, ici ? Non. Et c’est peut-être bien ! Quand on vit une expérience dans nos vies, on ne connaît pas la psychologie de l’autre (sourire)…en fait, on ne « sait » jamais. Ce n’est pas une critique. C’est juste qu’il y a une grande différence entre le public d’il y a trente ans et celui de maintenant. Ses impressions vont beaucoup plus vite, son besoin d’avoir une explication, tout ça… ça n’existe plus. Je trouve ça assez regrettable. Pas de manquer d’une « explication linéaire », bien sûr, mais cette rapidité qui fait qu’on n’a pas le temps de s’attacher aux personnages, comme dans ces séries tv actuelles, vous voyez ? Oui! Par exemple, j’ai vu un film avec ma famille, il y a quelques jours ( je ne dis pas lequel) : mes enfants se sont très vite ennuyés, après 10/15 minutes… Mon fils a commencé à s’endormir, ma femme a trouvé le film très très long, et moi, pas du tout ! Vous ne voulez pas me dire de quel film il s’agissait ? Non, parce que ce n’est pas la peine, je n’ai pas envie de critiquer. Mais ça veut dire que quatre personnes dans une même famille vont avoir une réaction très différente. Et par contre, on peut voir un film ensemble, comme Slumdog millionaire , et beaucoup l’aimer, tous les quatre … On ne sait pas ce qui détermine cela. Je crois que je peux dire que le public a beaucoup changé et ça n’est pas une critique, c’est simplement la vérité, je crois. Et donc ça transforme votre façon de jouer .. …Oui ! et de raconter les choses, aussi. En quoi le scénario d’ « Et après » apporte-t-il quelque chose de neuf ou différent sur notre façon d’approcher la mort ? Que dit-il qui n’ait pas déjà été entendu dans d’autres films ? Je sais que vous avez lu un livre sur les soins palliatifs pour préparer votre rôle …(il hoche la tête) C’est impossible de répondre à ça, simplement parce que je n’ai pas vu les « autres films ». (Embêté…) Oui, il y en a certainement d’autres qui traitent le même sujet, mais différemment aussi…parce qu’on peut très bien dire « It’s a wonderful life » et ça reste le même thème, en fait. J’imagine qu’il y en a beaucoup d’autres, mais je n’ai pas vu tous ces films-là. La grande réussite du film se trouve dans son aspect esthétique, il me semble . Il bénéficie du travail du chef-opérateur d’ « In the mood for love », Mark Ping Bing Lee, et il se dégage des images, une poésie et une atmosphère mélancolique assez incroyables… Il est magnifique ! ça, c’est aussi quelque chose de très intéressant, parce que Gilles parle bien anglais, il comprend tout (Romain, un peu moins, mais bien aussi) et Mark parle très peu anglais…en fait, il parle très peu, tout court ! Et pour moi, il était tout à fait compréhensible, chaque seconde. Ça, c’est encore une fois, une preuve qu’il existe des choses bien au-delà des mots et du langage. Gilles, Romain, Elisabeth ( la script), et moi, surtout au Canada, nous parlions en français, sur le tournage, et même si Mark ne connaissait que dix mots de français, il a tout compris. Avec Romain Duris, ça s’est passé comment ? Vous le connaissiez auparavant ? Non, je l’ai rencontré juste avant le tournage, lors de l’essayage des costumes. Vous aviez vu certains de ses films ? Seulement L’auberge espagnole, que mes enfants m’ont fait voir plusieurs fois. La rencontre s’est magnifiquement bien passée, c’est un jeune acteur que j’aime beaucoup. Je crois qu’il a beaucoup de talent et il bosse très, très profondément. C’est aussi quelqu’un de charmant et de très amusant. Je vous conseille de voir « De battre mon cœur s’est arrêté » de Jacques Audiard. Romain va vous étonner ! Oui ! j’ai le dvd, mais il ne marche pas en Amérique. A chaque fois que je reviens ici, j’oublie de le prendre avec moi, mais J’AI le film et ne l’ai pas vu, tout comme Molière dont j’ai entendu beaucoup de bien… Où en êtes-vous de votre projet de réalisation du documentaire « Which way home » (anciennement « Triple crossing »,) sur les enfants mexicains qui émigrent clandestinement aux Etats-Unis ? En fait, ça, c’est une erreur, je ne vais pas réaliser le documentaire, je vais le produire. Je ne sais pas s’il va être à Sundance ou pas mais c’est une femme qui s’appelle Rebecca Cammisa qui a tourné le film. Je sais qu’on dit que c’est moi, mais non. En revanche, j’ai mis en scène une pièce de théâtre au Mexique, récemment (la pièce « Good canary » pour laquelle il a reçu le Molière du « meilleur metteur en scène» en 2008). Vous allez repasser à la mise en scène prochainement ? (« Dancer upstairs », son précédent film, date de 2002) J’espère bien mais je ne sais pas encore pour quel film ni quand. Je réfléchis à deux projets depuis des années et j’en ai un avec moi sur lequel je travaille, mais j’hésite à en parler tant que rien n’est avancé. Vous êtes un grand admirateur de Faulkner. Vous n’avez jamais pensé à l’adapter ? Aïe, aïe, aïe…non merci (sourire amusé). Trop difficile ? (il hoche la tête) Vous avez un flair incroyable lorsqu’il s’agit de produire des films (il a notamment produit Juno et deux films de Terry Zwigoff). Quels sont les nouveaux projets sur lesquels votre société, Mr Mudd, travaille ? Vous semblez plus intéressé par le cinéma indépendant, à priori ? Oui, c’est plutôt ça, des trucs plus « petits », plus intimistes…On n’a pas de gros budget, en ce moment et on en aura peut-être jamais ! (rires) J’ai travaillé pendant les vacances, avec deux écrivains, sur deux scénarios différents. L’un est adapté d’un roman hollandais, « The story of my baldness » (« L’histoire de ma calvitie », de Marek van der Jagt, auteur « coupable » en son pays, de la même supercherie que celle de Romain Gary/Emile Ajar…), c’est très drôle, très bizarre . L’autre est une comédie américaine. On a pas mal de projets et moi, je travaille plutôt sur le scénario. Je m’occupe moins du business, des rendez-vous, des choses comme ça… (le minuteur a sonné et les carottes sont à moitié cuites…la charmante attachée de presse est postée derrière mon dos, il me faut vite plier bagage. En allant récupérer mon manteau, je trouve Romain Duris et Evangeline Lilly, assis sur le canapé où j’avais des sueurs froides tout à l’heure, en pleine causette amicale. Mince, je vais même pas pouvoir piquer tous les pains au chocolat… ![]() ![]() ET APRES (Gilles Bourdos) I SEE (NOT YET) DEAD PEOPLE « La merveille est dans l’instant et on s’en aperçoit toujours trop tard » (citation empruntée à Mitterrand (qui a préféré se retourner dans sa tombe que de s’entendre « utilisé » ici, murmure-t-on à Jarnac)). «Tu dois te sentir vivant AVANT d’être mort » (et pas après, sinon ça fait désordre). Enfin, « Nul n’a de prise sur l’heure de la mort », répété au moins cinq fois, sur un ton apocalyptique par "The big John".Voilà le genre de « vérités » vraiment trop dures à entendre que ce film délivre. Pour ceux qui se demandaient en quoi Guillaume Musso était le fameux « nouveau Marc Levy» annuel (putain…ça fait mal, ça), sans nul doute trouveront-ils la réponse dans cet objet mi-tristoune mi-guimauve qui n’hésite pas à enfiler comme des perles, dans un scénario mou du slip, tous les clichés rebattus sur notre désarroi face à la brièveté de la vie, l’inéluctable mort, le sens qu’il faut trouver à cela (et la necessité de se réconcilier avec tout ce qui déconne, avant le plongeon).
Enfant, Nathan, voulant sauver son amie de la noyade, se fait renverser par une voiture (visuellement, l’accident est assez « brut de décoffrage », avis à ceux qui n’ont pas l’habitude de voir des enfants en mode « vol plané » : restez couchés) et est déclaré cliniquement mort. Pourtant, après avoir vu « la Lumière », il revient à la vie. Vingt ans plus tard, Nathan (Duris) vit à New-York et est un avocat brillant et solitaire, séparé de sa femme et sa fille. Un mystérieux chef de clinique, le docteur Kay (Malkovich) prétend savoir des choses le concernant et être là pour l’aider… Malgré ses réticences, Nathan s’aperçoit rapidement que Kay a des « visions » : celui-ci peut voir un halo se dessiner autour des personnes sur le point de mourir. Whaaaah ! Ces auréoles de lumière cheap, s’abattant au hasard sur Pierre, Paul ou Jacques poussent le film, par vagues, au summum du ridicule. Vu, revu, archi-vu, le postulat de base tient sur un fil convenu et plat : nous mourons tous, c’est injuste, mais, heureusement, des hommes dévoués, des « Messagers », « can see the Light » (et nous faire sentir qu'il faut bien aimer papa-maman, sa femme, son chien, avant de clamser)! Duris, impeccable (comme toujours), tout en retenue, muré dans le silence d’un drame que l’on ne connaîtra qu’à la fin, doit accepter d’être mortel, revenir à l’essentiel. Le filon facile de ce « chemin vers la mort » necessitant remises en question et retours en arrière, est usé jusqu’à la corde.
Pourtant, Bourdos (réalisateur d’ « Inquiétudes », excellent thriller) insuffle un lyrisme certain à certaines scènes et installe rapidement une ambiance à la mélancolie tenace qui n’est pas la moindre qualité d’un film plus que bancal. Les scènes se déroulant en pleine nature, dans les bois ou la neige, où évolue une famille emplie de sérénité, sont simplement…belles.
L’Evangeline Lilly, échappée de « Lost », aussi douce et lumineuse qu'une Eve sortie des eaux qui ne sourierait jamais, méritait mieux que cette ébauche de portrait. Le bonheur de ce petit monde, dans ces flashbacks, est ralenti, silencieux, baigné d’une lumière irréelle, contrastant avec le froid des bureaux de Nathan, sa solitude nouvelle dans un New-York de béton. On peut trouver cela kitsch, gnan-gnan ou poétique, suivant sa propre inclinaison à vouloir être emporté. Il fallait Malkovich pour jouer le rôle si casse-gueule de Kay (un autre acteur l’aurait réduit au ridicule). Sa voix profonde et posée, son calme olympien face aux turbulences que traverse son « protégé », sa présence quasi-spectrale font qu’il impressionne plus qu’il ne fait marrer (on vous en voudra pas, cependant, de pouffer une fois ou deux).
La résolution de ce (long et chiantissime) suspense était courue d’avance. On rira juste des multiples morts subites et/ou violentes ayant eu lieu dans la vie de Nathan, en l’espace de quelques jours, pour l’amener "là", et du peu d’interêt que celles-ci déclenchent chez le spectateur. Restent alors l’émotion sans tricherie de Duris, la justesse d’un pardon arrivant sur le tard et cette belle idée du tremblement de main qui disparaît, une fois les mots d’amour et de liberté retrouvée…écrits. Bourdos est un homme de talent (tout comme Spinosa, le co-scénariste). Ils méritaient mieux que l’histoire philosophico-conne d’un Musso, à se mettre sous la cam. Vivement le prochain !
Conseillé à ceux qui ont prévu de se faire "hara-kiri", là, pour la St Valentin: ils partiront pas sans notice . Déconseillé à ceux qui ne savent pas qu’ « on va tous mourrrriiiiir ! » et que ça fera ptêt mal et pas plaisir. Brazil est sorti hier. Ma critique devait paraître le mois dernier mais on m'a "oubliée"...ce qui n'est pas plus mal, puisque j'ai interviewé Malkovich, à l'occasion de la sortie du film. L'interview est parue ce mois-ci.
Ma semaine est chargée niveau émotions...je suis à fleur de peau. Je raconterai un peu tout ça...(et je cacherai beaucoup de choses, car en souterrain, il se passe des choses indicibles).
1/26/2009 UN BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE (Rithy Panh)
MER(E) AGITEE
Seconde adaptation du roman de Duras, après celle de René Clément, en 58, avec Anthony Perkins et Silvana Mangano, « Un barrage contre le Pacifique » passe cette fois entre les mains de Rithy Panh, déjà réalisateur des bouleversants documentaires « S21, la machine de mort khmere rouge » et « Le papier ne peut pas envelopper la braise ». Ce roman d’inspiration autobiographique évoque les rapports difficiles d’une mère avec ses deux enfants, âgés de 16 et 19 ans, colons en Indochine française, durant les années 30, et leur confrontation à la misère dans un système corrompu (une administration coloniale, avide de profits, leur a vendu des rizières incultivables car régulièrement inondées par les marées du Pacifique). La mère n'aura de cesse de lutter contre les éléments naturels et les bureaucrates, afin de construire un barrage, censé sauver ses récoltes. Voilà une adaptation fidèle, emplie de la poésie de destruction, la fin des illusions et la grandeur qui faisaient le sel du roman. Qui mieux qu’Isabelle Huppert pour incarner cette mère ravagée, malade, ultra-possessive et forte comme un capitaine ? Elle seule peut dire de son enfant, avec une sincérité désinvolte : « On m’aurait dit qu’il ferait autant de fautes d’orthographe à 20 ans, j’aurais préféré qu’il meure » ! La relation profondément ambivalente qui la lie à Joseph et Suzanne, jeunes adultes sur le point de prendre leur envol, est le point fort du film. Cela est rendu possible grâce à la prestation de haut vol d’un Gaspard Ulliel, fort et sensuel, qui trouve là son plus beau rôle et existe pleinement face à une Huppert à la présence…écrasante. On regrette cependant que le jeu d’Astrid Bergès-Frisbey soit plus linéaire et monocorde. Visuellement, tout est à tomber : la photographie, les lieux de tournage (la plaine de Ream et les « rizières de la dame blanche », nommées ainsi en souvenir de la mère de Marguerite Duras) aussi luxuriants que ceux de « L’amant » d’Annaud (on retrouve d’ailleurs ce mystérieux « Mr Jo », troublé par l’érotisme d’une lolita de 16 ans, que sa famille tente de lui « vendre », en la mariant, afin de se refaire une santé financière). Portrait sans concessions des injustices commises par les fonctionnaires du cadastre envers les colons « bien intentionnés » et les paysans cambodgiens (le « village des maudits » que l’on a brûlé après que ceux-ci aient tenté de se révolter, existe bel et bien), « Un barrage… » se veut aussi le reflet d’une époque et de la fin d’un rêve : l’idéalisme de ceux, désinteressés, qui voulaient apporter leur contribution à une culture, un peuple et qui ont ouvert les yeux sur la réalité impérialiste, faite d’exploitation, expropriations et pillages. Bref, cela nous parle encore très bien aujourd’hui, « colonisation/mondialisation, même combat ! » (c’est pas moi qui le dis, c’est Rithy).
Conseillé pour le dépaysement total, la beauté paradisiaque des rizières cambodgiennes et…la moiteur qui colle au torse de Gaspard (à Paris, en Décembre, ça fait monter le Celsius, tu peux me croire !)
Déconseillé aux personnes étouffées par une mère à moitié folle 1/18/2009 DOSSIER 40 FILMS NOIRS![]()
Articles parus, dans le dernier Brazil (avec un vachement méchant papa Noël en couv'! et un cinglé de la gâchette! - les réalisateurs du fameux "Louise-Michel", dont Bouli Lanners m'a parlé en me faisant tordre de rire, en Juin dernier! (il a le rôle principal du film)-) On a tous été sollicités pour participer à ce dossier, beaucoup ont dû déclarer forfait (délais trop courts pour choisir nos films, et écrire nos papiers). On a eu quatre jours (évidemment, en pleine semaine de travail à l'école, pour moi, et c'était aussi la semaine de "projos" et donc de critiques à rendre au plus vite). J'ai donc dit "non", immédiatement.
Puis, ça m'a fait chier, quand même...je voyais qu'il n'y avait que des mecs qui faisaient le dossier, et je savais que je tirerai la tronche, une fois le mag dans mes mains, si je n'y voyais pas mon nom. Alors, j'ai dit "oui". J'ai choisi mes films et n'ai pas dormi pendant trois nuits.
Je suis donc la seule nana à avoir participé au dossier et ça, ça me rend joisse, mais JOISSE! tu peux pas savoir.
Le meilleur, chez nous, à savoir parler des films noirs avec passion et connaissances de folie, c'est J., mon "amant".
Mais il avait du taf pour la télé, il a pas pu participer (ouais..."grosse faignasse, va...!")
LES DIABOLIQUES (Henri-Georges Clouzot,1955) Une épouse cardiaque (magistrale Vera Clouzot), une maîtresse cynique et sensuelle (glaçante Signoret), un directeur de pensionnat sadique (Meurisse) : voilà l’angoissant trio au cœur de la machination de ce grand film noir ayant permis, pour un temps, à Clouzot, de ravir le titre de « maître du suspense » à Hitchcock.
Deux femmes unies dans le crime. Un cadavre qui se volatilise. Un fantôme qui hante le pensionnat (lugubre) de garçons dans lequel les meurtrières sont institutrices. Le décor est planté et l’atmosphère sera irrespirable jusqu’au brillant « twist » final. La réussite de ce bijou tient, en partie, à la relation infiniment malsaine liant les personnages avant le crime (rapports de domination, humiliations diverses - ah, la scène affreuse du dîner ! -, manipulations sournoises). Quand je pense au film de Clouzot, j’ai en mémoire des sons (une porte qui grince dans un couloir sombre, la respiration haletante et les cris d’effroi de la fragile Vera - malmenée sur le tournage, comme dans le film, par un époux et réalisateur tyrannique -) et des images (un noyé , aussi raide que Frankenstein, ôtant des opercules de ses yeux, un regard pétrifié, une gorge qui suffoque, une chemise de nuit transparente, une clope pendue avec dédain aux lèvres de la garce Signoret…) On peut le voir dix fois, la tension reste aussi extrême. A ceux qui s’apprêteraient à faire découvrir le film à un copain : « Don’t reveal the ending ! », comme le martèle la bande-annonce américaine …vous seriez vache .
« Funny how secrets travel (…) I’m deranged » chante Bowie d’une voix hypnotique sur l’”autoroute perdue” du titre, où fonce en bagnole un personnage dont tous les niveaux de conscience semblent avoir grillé en même temps. Le « film-boucle » s’ouvre et se ferme sur cette bande-son du diable, collée aux lignes jaunes d’un bitûme défilant vers nulle part. Entre ces deux fuites éperdues, une expérience sensorielle comme vous n’en vivrez que rarement. Ce film à tiroirs infinis (facilité pour qualifier le travail d’un Lynch, empruntant, depuis 30 ans, des formes et des fonds labyrinthiques, du barré Eraserhead à l’indigeste exercice de style INLAND EMPIRE) brasse toutes les obsessions du Maître : les pulsions de Désir et de Mort, inextricablement liées et à l’origine de nos actes les plus fous (ici, on assassine par jalousie démentielle et l’on « renaît » sous une autre forme pour ne pas affronter ses ténèbres), la perte de soi dans des identités troubles et infinies, des corridors flippants, la pourriture se nichant derrière le rêve américain (Patricia Arquette, sublime femme fatale aux deux visages, ange et putain, n’a de reluisant que le vernis, l’apparence du rêve), la superposition des temps, des espaces et des corps, tous reliés par un même fil, une même angoisse… Lost Highway mérite à lui seul dix bouquins d’analyse, et pourtant, il ne se « pense » jamais, il se « ressent ». En 96, Lynch nous a ouvert les chakras et des perceptions insoupçonnées en faisant exploser en particules l’imagerie du film noir des années 50 et en réinventant notre façon de voir et d’entendre ce que certaines images ont à nous montrer/dire.
LA NUIT DU CHASSEUR (Charles Laughton,1955) Dans l’indispensable coffret DVD « Cinéma Cinémas » paru récemment, on peut entendre Mitchum dire que « Laughton est le meilleur réalisateur avec lequel il a travaillé et qu’il n’aurait dû faire que ça ». Unique réalisation de cet acteur britannique, l’œuvre est un « coup de maître » (ce qui n’empêchera pas son échec commercial). La nuit du chasseur a toutes les caractéristiques de la fable cauchemardesque : la lutte éternelle du bien et du mal (les « Love » et « Hate » tatoués sur les mains du pasteur Powell font partie de la mémoire cinéphilique collective), deux enfants menacés par un loup déguisé en homme (de Dieu, qui plus est) et une « bonne fée » cherchant à les protéger (Lillian Gish, vieille star du muet, ici nourrice au tempérament bien trempé). Si l’ambiance bascule parfois dans la folie et la terreur, on continue pourtant de voir le monde à travers les yeux de l’innocence et la poésie visuelle qui en émane est époustouflante (la photographie de Stanley Cortez, faite de sublimes contrastes entre ombres et lumières et d’un noir et blanc aux reflets scintillants pousse le film encore un peu plus loin du réalisme). La scène de l’évasion nocturne des enfants, en barque, avec ses gros plans de faune et de flore, est un monument de beauté… Ces enfants « victimes » qui sont d’ailleurs considérés comme des êtres plus intelligents que les adultes et comme ayant une sacrée force de caractère. Quant à Mitchum, il trouve là le « rôle d’une vie », pure incarnation du Mal, au visage effroyablement paisible et aux accès de brutalité soudains. ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() (oui, je m'amuse toujours à me déguiser, à faire des photos...ma mère dit que je suis cinglée, et ça me fait plaisir, evidemment...pas qu'elle y pige que dalle (faut pas trop en demander, non plus), mais qu'elle me trouve au moins un qualificatif...) 12/6/2008 Barnabé, suite et fin.Une dernière rencontre, pas loin du quartier où j'ai vécu, à Paris, de mes 19 à mes 25 ans.
Nous parlons tango, Barnabé et moi (il prend des leçons, chaque semaine)...décidemment, les hommes sont...surprenants!
Si j'avais confiance, je prendrais des cours de flamenco, moi. J'ai une passion irrésistible pour cette danse et l'âme qui l'habite.
J'ai eu un vrai coup de foudre, une révélation, à l'âge de 13 ans, en Andalousie, un soir...devant ces danseurs pleins de flamme, ces chants à la voix rauque, brisée, toutes les douleurs et l'histoire d'un peuple qui ne forme qu'une seule et même âme, quelque chose de fou, de fort et unifié dont on se sent proche, tout en en étant à jamais exclu...
Barnabé me donne les quelques photos qu'il reste, après le tri.
Les voici...
Barnabé et son sublime manteau Martin Margiela...
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Cette dernière image sera la seule conservée par Barnabé pour sa série. 11/26/2008 Projo "French Connection" et rencontre avec William Friedkin - 23 Octobre 08.J. et moi profitons des cartons d'invitation envoyés à la presse pour nous rendre au cinéma "La pagode" et rencontrer le cultissime Friedkin ("L'exorciste", "Police Federale Los Angeles", "Bug", "Cruising"...), venu présenter aux journalistes le blu-ray de "French connection", que je découvre ce soir, en vo non sous-titrée (putain...y'en a marre).
Rien à faire, je préfère "L'exorciste" et les petites filles qui descendent l'escalier de curieuse façon...
Petit cocktail dans les jardins japonais avant le film. Le champagne à toute heure, voilà qui me plaît!
Je me rends compte qu'il y a peu de femmes dans la presse ciné. C'est con mais je suis super contente!
J. doit répéter dans son groupe (il chante aussi...une voix à faire tomber les culottes à des kilomètres à la ronde, je vous promets! la première fois que je l'ai entendu dans un téléphone, j'en menais pas large). On part donc au bout d'1h30 de conférence, avant la fin...
J'ai enregistré toute la conférence mais j'arrive pas à poster mon put*** de fichier audio!!!
Elle est intéressante, pourtant. J'aimerais que beaucoup d'entre vous puissent l'écouter.
Oui, je me prends toujours en photo dans les chiottes des établissements respectables! c'est ma marque de fabrique.
(j'ai bien pensé à quelqu'un, un ami suisse qui a l'honneur d'être le seul à m'appeler sa "pisseuse" sur facebook, et que j'aime beaucoup beaucoup... un jeune écrivan et journaliste musical, plein de talent, Damien, si tu me lis! et bien, tu ferais mieux de bosser! ahahaha!).
Ah! Chouette! J'ai trouvé, eureka! (voilà le lien où écouter la conférence, on entend souvent J. et moi faire des commentaires...désolée)
si ça ne fonctionne pas, essayez avec firefox, c'est ce que je fais ici, car la page internet se ferme lorsque j'ouvre le fichier.
à noter aussi que vous trouverez une fabuleuse interview de Friedkin par Goffette, dans le Brazil du jour (sans compter celle de James Gray, de Jodorowsky et last but not least, de Boorman) LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLE (Kim-Jee-woon)Brazil paraît aujourd'hui et c'est la première fois que je suis très en colère après moi. J'ai pas critiqué les dvds de Jarmusch que j'ai depuis deux mois, fait qu'une seule critique de film, bref... J'allais pas bien ce mois-ci. Beaucoup pleuré, abandonné des choses importantes (notamment ce papier sur "Twin Peaks" que Goffette me demandait (moi qui tuerait mon collègue pour écrire un truc sur Lynch!)). J'essaye de me reprendre en mains, mais j'ai des "chutes" terrifiantes de confiance en moi. Ainsi, la critique qui suit, au lieu d'être très travaillée a étée écrite en 42 minutes, avec un minuteur sur la tête (je l'ai rendu au dernier carat à Goffette, une minute de plus et je pouvais aller me faire cuire un oeuf pour sa parution...).
Les vilains au sourire ultra-bright
Un « western spaghetti » oriental, made in Corée, kézako? Tout autant un hommage jouissif bourré de références qu’une réinvention du genre à la dynamite. Kim Jee-woon confirme tout le bien qu’on pensait de lui, après son oppressant « 2 sœurs » et son intrigant polar « A bittersweet life ». Ce quatrième film est barré, joyeux et volontairement regressif (certains rabat-joies diront excessif, hystérique, poseur et gratuit). 1/ Scénario. Ah, y'a un scénario? l'histoire tient en quelques mots: un mercenaire, pilleur de trains (le cinglé), un chasseur de primes (le bon) et un tueur à gages (la brute) convoitent la même carte au trésor, en Mandchourie, dans les années 30. Deux heures dix de poursuite, de fusillades à tout-va et de rigolade, sur une bande-son décapante (Tarantino peut aller pleurer chez maman).
2/ Les acteurs. Le cinglé: super-star coréenne,Song Kang-ho ("The host", "Memories of murder") nous rappelle le jeu de Jack Black, avec son visage profondément adorable et son air con. Il est à se tordre de rire (la scène où il évite les balles avec un scaphandre sur la tête est...démente!). La brute: le "beau gosse" aux deux expressions qui se contente d'être photogénique et ne joue pas, manque cruellement d'épaisseur pour un rôle qui en réclamait. Le bon: un peu trop silencieux à mon goût, une vraie présence (PS: je suis célibataire, merci Goofy d'envoyer Brazil à qui de droit). 3/ la mise en scène: caméra furieuse qui s'essaye aux plans les plus acrobatiques. Encore une fois, notre bon vieux cinéma européen est écrasé par la virtuosité de ces artisans touche-à-tout, inventifs et n'ayant peur de rien (pas même de foirer quelques bricoles).
4/ La photo. Hyper-saturée, on aime ou on déteste. C'est coloré à outrance, chaud, vif, ça agresse quelque peu le regard mais ça réveille, bon sang! Le plaisir des sens est bien là.
Même si le film souffre d'une longueur exagérée, vous devez le voir pour cette poursuite de vingt minutes dans le désert, entre nos trois gus, l'armée japonaise et les bandes mandchous, sur le "Don't let me be misunderstood" de Santa Esmeralda ("coucou Quentin, on fait tout mieux que toi!"): chevaux, motos, poussière, explosions de canons, voitures et tanks qui slaloment entre les balles...UNE TUERIE! N’y a-t-il qu’en Corée que l’on meure si gaiement ? A plein tube et à plein les mirettes! le bon goût aux chiottes! Allez vous délecter d'être restés des gamins. Conseillé pour les morceaux d’anthologie que sont l’attaque du train et la poursuite dans le désert Déconseillé à ceux qui préféraient faire du boudin quand leurs potes partaient s'éclater à la "chasse au trésor" J'avoue, la petite note sur mon "célibat", je ne l'ai écrite que pour faire chier mon amant.
Jeudi 6 Novembre - 20h - Club 13 (unique projection du mois)Que je raconte cette soirée... J. (on va l'appeler J., hein (en même temps, c'est l'initiale de son prénom, je me suis pas cassé le cul), l'homme que je vois depuis presque quatre mois), sort d'une projo à 20h, "Hunger" de Steve Mc Queen (non, pas le mort, le black et le vivant!), film qui fait la couv' de Brazil du mois dernier et que Goffette a adoré.
Je lui demande de m'envoyer un sms si "le film est une putain de claque, comme je le pressens". Je cours en talons aiguilles sur l'avenue Hoche, j'ai dormi deux heures. Réponse: "C'est un bon film, exigeant, intelligent, mais j'ai pas eu ma claque..." On me tend une perche...moi, je suis sympa, "T'inquiètes, ça ne saurait tarder" (je suis une gifleuse hors pair). "Monsieur" joue les blasés: "Me doutais d'une réponse de ce goût". 20h, donc. Club 13. Le siège de Mr Lelouch (pour lequel j'ai eu une grande passion dans les années 90). Jamais venue ici encore. Eblouissement...resto, salle de projo...endroit confiné, limite étouffant. Un gars pas croyable à l'accueil, sourire des "trop gentils", visage d'un homme qui en a bavé...Une tronche de ciné! Je ressens la même sensation enivrante que celle que j'avais, enfant, dans l'appartement parisien de ma grand-mère, rue de Moscou. Appartement où, un soir, Robert Hossein, enivré, s'était penché à la fenêtre du salon en hurlant "Hè, venez tous!! On donne des Vlaminck ici!!!" (ma grand-mère possédait des Vlaminck, de l'époque où elle avait sa galerie d'art, quant à Hossein, il était son patron depuis déjà de nombreuses années). "Au coeur du cocon". Velours et poussière, stars éternelles aux murs, tout ici est chargé d'Histoire. Nuit éternelle. Aucun soleil ne filtre. Sous-sol des artistes et des scribouillards. Heaven, indeed! J'aime les endroits cloisonnés, où le décor veut me murmurer des souvenirs, dont le coeur bat encore dans une autre époque. Lumière et jour ne me manqueront pas quand je reviendrai ici, avec mes valises... Je suis un animal nocturne. ELLE le disait...le savait. ELLE en était un aussi. Attaché de presse gay et souriant. Comme souvent. "Alexandra Louvet! vous êtes "au top" dans ma liste, regardez!" Je prends mon air prétentieux: "ça m'étonne pas de moi, je trouve ça logique" Entrée dans la plus belle salle de projo de Paris. Des fauteuils en cuir longs mais looooooooooooooongs! et LARGES! mais laaaaaaaaaaarges. Un espèce de salon de nouveau riche, au décor années 40. Les journalistes sont tous presque couchés...il y a une sacrée intimité ici! J'ai envie de gueuler "Hè, Bernard! tu me ramènes mon jus de papaye-abricot-gingembre? Et puis viens m'éventer aussi un peu, tu veux? Lis moi les sous-titres quand je ferme les yeux. T'es un amour, mon boy, merci...." ça me plaît. Ce qui me plaît moins, c'est le mec qui vient d'arriver et me fait un sourire oversize, en me demandant si la place à mes côtés est libre. "Oui". (bah oui, hè, Banane! ça se voit pas?) J'ai mon cahier et un stylo sur les genoux (car "oui! je prends des notes dans le noir complet, moi!"). Le gars me fait: "C'est pour quoi faire ce stylo? Vous prenez des notes? Vous êtes débutante." Oooh, Ta gueule. Et puis, "non, je fais des gribouillages quand je m'ennuie", na. Fallait pas...oui, mais voilà. Le mec va pas arrêter de me parler maintenant. Je suis polie, je réponds. Parfois. "Ah, tu travailles pour Brazil? J'ai bossé pour Goffette, dans le Brazil "1ére mouture"" (on se dit "tu" maintenant, pffff...fais chier). Et là, le gars me résume son parcours, me donne presque sa fiche d'identité signalétique: mensurations, compte en banque, avis sur Sergio Leone, tout ça, la tête limite collée sur mon épaule! Il cherche à savoir si je suis payée, me dit "Nous discuterons ensemble à la fin du film" (ouais, c'est ça, compte là-dessus) "Le bon, la brute et le cinglé" démarre. Un son à te faire péter le soutif, même sans respirer. Le mec trouve le moyen de commenter certaines scènes, en "live", m'étalant sa "culture" dans l'oreille gauche: "Tiens, y'a la même scène dans "Le bon, la brute et le truand!" (Ah? sans dèc??! ça viendrait de là le titre, alors? Pouêt.) JE NE SUPPORTE PAS QU'ON ME PARLE PENDANT UN FILM. MEME CLOONEY! (qu'il essaye pas, hein!) ça me rend violente. The end: je dis au gars "Excuse-moi mais va falloir que je coure, c'est la grève et je n'ai plus qu'un dernier RER à choper" (je ne mens même pas). Tête paniquée du voisin de fauteuil. "Ah!! Attends-moi, je vais aux toilettes, je t'accompagne". Je tente la sortie en douce, mais par je ne sais quel subterfuge, il est déjà dehors. Le mec: trois têtes de moins que moi, banal, doit collectionner les râteaux, ça se lit sur son front. Dit avoir un bon poste (commercial dans une boîte de distrib), comme si ça allait faire étinceler toutes les lumières du monde dans mon cerveau féminin. On prend le métro. Ensemble, donc. Un autre gus nous rejoint. Ils se connaissent. Mec jeune, cool, fou de cinoche de genre. Je les écoute parler de James Bond, de Takashi Miike (tiens, ça se dit "M.I.I.K.é" et pas "Maïke"?). Le mec qui me colle se permet ce geste incroyable, alors que nous sommes assis face à face: il m'ôte un cheveu que j'ai dans le cou, sur mon col de manteau! Oh!!! Au viol! Quoi, c'est vrai, merde... Le second gus, c'est drôle, est réalisateur de films gores. Il a tourné un film de zombies, cet été, à Paris. Là, ça fait "tilt", je lui dis: "Mais dis donc, Christophe Lemaire (un rédacteur allumé de Brazil) aurait pas fait de la figu dans ton film??" "Si, si! Il a eu un putain d'accident de vélib' dis donc... ça arrive qu'à lui ce genre de trucs!" (je crois que Lemaire a dû rester alité un mois, après l'"accident"...) Ma station approche et je suis contente de quitter "Mister pot de colle". Le souci, c'est qu'il se lève et me suit. "Bah, je croyais que tu allais bien plus loin?" "Oui, mais il est sympa, ce jeune, mais un peu chiant et collant, tu trouves pas?" Bah, merde...coco. Tu t'es vu? "Et puis je voulais rester avec toi...". Je ne me suis pas fait draguer/coller de cette manière depuis mes 23 piges (c'est l'avantage de devenir femme, on garde ses distances...quand on est un "homme"). -"Tu me donnes ton téléphone, je veux te revoir". -"Heu, non, désolée, pas envie." -"Pourquoi? Comment on va faire pour discuter?" -"Tu veux discuter de quoi?" -"Bah, je sais pas, moi, de tout!" Là, je sors mon truc facile. -"Mon mari va pas être d'accord du tout." -"Ma femme non plus." Ahahahah! Le con... -"Allez...file moi ton téléphone" -"NON!" -"On pourra s'appeler dans la journée!" -"Mais ça va pas?? J'ai rien à te dire, moi, j'ai autre chose à foutre" -"On se reverra jamais...Dis à Goffette de penser à moi...il comprendra" -"Adieu". J'en ai parlé à Goffette. Il lui doit du fric. Ahahaha! Wahhh, relou le mec. 11/13/2008 A poiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiil!!!!Hum... hum! pardon...ce "à poil" ne parlera qu'à un homme que j'aime beaucoup et qui se reconnaîtra (mon vieux signe de ralliement, souviens toi...
En quittant Barnabé, je me retrouve dans le métro à côté d'une vieille femme comme je les aime: élégante, avec le visage de la tendresse.
Elle me demande de lui indiquer une direction, je lui réponds et lui souris. Elle se rapproche de moi, me dit "J'ai 95 ans, mademoiselle et je sors de l'hôpital où je suis allée voir ma fille qui est très mal...je suis très inquiète".
Je la regarde...et je te vois.
Sa peau, son sourire, sa voix...tout me revient. J'ai envie de m'agripper aux murs, de tomber à genoux, de me noyer dans ses yeux.
Je me rapproche d'elle, j'ai envie qu'elle m'emmène. Même dans son histoire, 5 minutes...
Elle s'arrête, me fixe et dit "J'ai perdu mon mari en Janvier, si je suis encore debout aujourd'hui, c'est grâce à lui" (elle sort une photo de sa poche et me montre un enfant en bas âge), "mon arrière petit-fils, c'est la plus grande lumière de mes jours! c'est curieux, hein? qu'il soit né au même moment?..."
"Non, madame, ce n'est pas curieux. Ma grand-mère a perdu l'amour de sa vie, en plein bonheur, et je suis née deux mois plus tard. Je l'ai sauvée." C'est ce qu'elle répétait à tous...qu'elle s'était accrochée à moi pour continuer d'aimer la vie. Et elle l'a fait...mieux que personne.
"Au revoir mademoiselle, vous êtes bien aimable"
au revoir, mamie...jolie dame en bleu qui disparaît de ma vie...au revoir....
je n'aurai plus jamais de grand-mère, je suis vieille, c'est ainsi
je ne veux pas d'enfant
non merci
De 19 à 21h, à mon tour de photographier. ça m'a donné envie tout ça...
Je suis presque à poil mais je m'en fous. J'ai plus rien à cacher à personne. J'admets ma fragilité. Qu'on s'en serve, qu'on en abuse, qu'on me critique, ne me comprenne plus, je n'en ai RIEN A FOUTRE!
Barnabé et les heures particulières...La rue: René Boulanger
L'hôtel: Ariane
Je prends un café, Barnabé arrive. Vraiment très bel homme. Élégant, souriant.
L'hôtel ressemble à celui où Gabin allait retrouver Annie Cordy, sa maîtresse, dans "Le chat" de Granier-Deferre. Je m'y sens bien. Une vieille femme à la réception demande à Barnabé si nous partons en fin d'après-midi. Elle lui tend une capote.
Je souris.
Nous sommes assez chargés tous deux. Deux sacs pleins. Mais la vieille en a vu d'autres, sans aucun doute...elle respire la "Madame Rosa" de "La vie devant soi"...
Pas de salle de douche ni de toilettes, juste un lavabo, un bidet et un rideau rouge, pour se changer, faire les essayages.
On discute de l'approche de Barnabé, ce qu'il aimerait faire: un côté sombre et pesant à la "Mulholland Drive".
Je me maquille. Trop, à mon avis. Mais ça ne semble pas le gêner.
Malgré les yeux trop charbonneux, il désire que je mette du rouge aux lèvres. Mon brushing a viré, j'ai une tête de folle. Barnabé parle au téléphone, je comprends qu'il a des enfants (et tombe des nues...je le pensais gay). Je lui dis.
Il rigole "Ah bon? Qu'est-ce qui te fait dire ça? je suis efféminé?" "Non, pas du tout...je sais pas, on dirait que j'ai perdu mon flair..."
(Gaston Lagaffe is back).
On ouvre une bouteille de vin (on la finira en trois heures).
J'avais amené des cds (Biolay, Cohen, Goldfrapp) mais on a pas le matériel pour les écouter. On choisit une robe noire, simple (les poils de mon chat la décorent) et un haut en satin rose, à mettre plus tard.
La séance commence: debout, la clope allumée.
Je me sens con. Difficile de penser à quelque chose, la lumière brûlant les yeux, les joues rougies par le spot. Je me sens mieux derrière l'appareil. Plus de doute là-dessus.
Puis derrière le rideau lourd et rouge de la fenêtre (dissimulée, tout est plus simple).
Assise sur le rebord du lit. Barnabé me dit "décroche le téléphone", je le fais. Une vieille voix me répond "Oui?", je raccroche en pouffant, la main sur la bouche (photo atroce et hilarante, à ce moment-là).
La vieille nous rappelle: "Vous m'avez appelée?", moi: "Non, non, c'est une erreur, je l'ai pas fait exprès! au revoir!", on se marre... La vieille soit se demander ce qu'on fout à décrocher le téléphone 6 ou 7 fois, sans parler. Barnabé trouve l'astuce: on scotche le bouton de tonalité.
Maintenant, couchée. Couchée et fardée à mort, je ressemble à une vieille pute hongroise. Tout est à jeter (ou presque).
De 14h à 17h, yeux dans le vague, interdiction de sourire. Barnabé me dit que c'est dur de me demander de faire la gueule, moi qui suis si gaie ("ahahah!", je me marre!..., viens chez moi les jours de pluie, tu verras si je suis gaie!).
Maintenant, j'attends le résultat, en espérant qu'il trouvera quelque chose de bon pour sa série. Très agréable moment.
J'inviterai ce charmant monsieur au cinéma, un de ces quatre. 11/11/2008 "When you have to shoot, SHOOT! don't talk!"La séance photos avec Barnabé a lieu demain.
Je suis, peut-être, dans l'état idéal pour cela:
fatiguée pour ne pas dire...lasse,
mes attentes d'absolu ou pas, laissées en suspens,
mon désir des hommes, tourmenté, vain
je suis Seule
Définitivement
Seule et solitaire
Tous les mots se perdent
Les mots...
Qui partent vers des phantasmes,
Images d'homme qu'on a cru différents,
un instant, deux instants, trois instants
Mots-boomerang
Quand on ne sait plus les prendre
Etait-ce vraiment à moi que je parlais, tout bas?
Se fait-on ce mensonge pour se tenir la main,
Eviter les fonds de piscine
Non!
Vous le savez bien...
Silence dans la maison
Silence, plus de violons
Les écolières se perdent
Retour à ces photos. Je me sentirai encore imposture vivante,
moi, la chose d'aucune case, dont aucune mensuration n'est répertoriée sur les catalogues
de beautés, mais qui sait sourire parfois et prend bien la lumière,
les jours de galère.
Un exercice acrobate de plus, une "mise en danger" légère,
je m'offre ça juste pour voir.
Barnabé m'écrit:
prévois comme convenu les robes noires, lingerie jour/nuit, les talons, le maquillage...
je te joins, en complément de mon album myspace/histoires improbables
quelques photos qui pourraient nous inspirer...
et reste une question importante...
qu'est ce que j'apporte pour boire, manger?
du rouge, du blanc, du brutal??
qu'est ce qui te ferait plaisir???"
(les mensonges éphémères pour les faire parler...
on attrape les mouches avec le vinaigre
même les mouches divines
sont toutes anodines
Ils me sont tous arrivés ainsi:
les beaux, les talentueux, les cons, les artistes maudits
Je peux continuer d'écrire ou de hurler:
dans l'espace, aucun d'eux ne m'entend crier...
No cerveau, just one slip, pourquoi se fatiguer? Porte le sur la tête et les futures insistances sont jouées Imbéciles!) Lieu de rendez-vous: un hôtel de passes, dans le 10ème.
Et "du brutal", dear...toujours
DU BRUTAL.
shoot me first...
11/9/2008 "Je sais qu'un jour viendra..." (écrit le 3 Janvier 2008)Reprenant la vieille liste des dix choses qu'il me restait à faire avant de passer l'arme à gauche
(dans le désordre: voir Helene Grimaud jouer du Chopin,apprendre l'hébreu et le russe, danser le flamenco et le tango, embrasser David Lynch, picoler avec Kusturica, faire l'amour à Emmanuelle Béart..),
en voilà donc une de réalisée:
J'ai vu Aznavour en concert,
au palais des congrès, il y a quelques semaines,
et j'y suis allée seule,
puisque tu n'es plus là...
et que ta main m'a échappée.
La vie a commencé à 16 ans,
quand un certain concert tournait en boucle,
dans une grande maison que j'habitais avec
Elle
Odeur de café...
et ce sont les volets,
laissant filtrer le soleil
sur les boucles dorées,
le silence de la campagne,
le chant des oiseaux,
dans ma chambre, arrivés
Pour la centième fois
(on ne sait jamais à quel point
il faut compter ces moments-là...
- la lumière ne dure pas - )
Je l'entends murmurer
dans un téléphone
qui ne cesse de sonner
du matin au soir
tu étais un standard,
Ma "très chouette" Mme Bénard
...jusqu'au crépuscule
que nous avions pour nous
Il est neuf heures
j'ai posé le pied sur le parquet
Je souris en haut,
Elle est au rez-de-chaussée
Alors, elle met le cd
et la musique s'envole
pénétrant tous les murs
de cette bâtisse folle
Ces premières notes, chaque matin,
viennent, à mon insu,
Tatouer sur ma peau
la douceur d'une époque,
où tu respires en bas
et où j'existe enfin,
...grâce à toi
Et c'est comme une ivresse
que de me voir plonger
Dans ces vibrations qu'il a sû créer,
ses textes profonds
sa détresse arménienne,
ses amours abscons,
son âme Azna'vaurienne!
Tu me regarde descendre
Et j'ai ton sourire
Tes yeux dans les miens
qui ne savent mentir
Qu'il fasse grand soleil
ou qu'il pleuve chagrin
Nous nous aimons tellement
sur du Aznavourian
Tu es la Grand-Mère
Je reste l'Enfant
Viens, qu'on se promène
Je t'emmène chanter
et nous retrouvons
notre banc, aux Champs-Elysées
Nos oiseaux qui piaillent devant leur goûter
Tu m'écoutes, t'es belle
Quand tes yeux appellent,
Comme pour dériver,
Les fantômes du passé
"Avant que de sourire et nous quittons l'enfance
Avant que de savoir la jeunesse s'enfuit Cela semble si court que l'on est tout surpris Qu'avant que de comprendre on quitte l'existence" T'es forte
quand tu caches
Tes larmes fugaces,
De peur que, chez moi,
L'illusion s'arrache
Tout un répertoire
enchanté, le soir
Durant ces trois ans
Où tu m'as portée
C'est avec Azna que l'on a dansé
Jettent un trouble immense
M'expliquant la vanité De notre existence Que vivons-nous, pourquoi vivons-nous ? Quelle est la raison d'être ? Tu es vivant aujourd'hui, tu seras mort demain Et encore plus après-demain" sur "Embrasse-moi" qu' je t'ai enterrée
et sur "Sa jeunesse" que nous avons rêvé
Et si je reviens, toujours en été,
Devant cette pierre froide,
Où je ne reposerais
Jamais en paix
Ce n'est pas les bras pleins de fleurs,
ni des "Ave Maria" plein le coeur,
Que ta petite-fille retrouve ta demeure
C'est avec un livre,
qui prendra l'eau demain
C'est avec une rose,
devenue carmin
Par la force des choses,
L'empreinte de ta main
C'est avec Azna,
que je te chante tout bas
Comme une berceuse,
Pour toi, ma dormeuse
qui m'écoute encore
de derrière la mort
Pour toi, ces notes tendres,
La voix de "la petite"
que t'aimais tant entendre
Et nous sommes bien seules,
Et pourtant ensemble
Sous ce chêne immense,
Pour notre dernière danse
Je te prends la main
et tu te souviens
et...
tu te souviens.
- à Elle, dont c'était l'anniversaire hier -
10/30/2008 Rencontre Dennis Hopper/Wim Wenders - Cinémathèque - 17.10.08"My lover" arrive en retard, ce qui me permet, de l'extérieur, d'assister à la séance photos tripante où Hopper monte sur la moto d'"Easy Rider", suivi du géantissime Wim Wenders. Hopper qui, très souriant, fera un doigt d'honneur magnifique aux photographes qui semblent aimer ça et en redemander...
Je suis à côté d'eux maintenant, je pourrais demander un autographe mais je me sens idiote avec cette photo dans les mains. Je n'aime pas l'idée d'être "derrière la barrière" avec la "masse"....
J'aurais préféré les interviewer, pour vous dire la vérité. Là, au moins, on a une "place" essentielle et un véritable échange.
Goffette m'a proposé une interview, tiens...une réalisatrice venezuelienne, mais je n'avais que deux jours pour voir le film et préparer les questions. Et puis je n'étais pas libre, anyway.
Projection de "L'ami américain". Deux bonnes heures à trouver le temps long. Comme toujours, avec Wenders.
Je pose ma tête sur l'épaule de "LUI" et soupire.
Il fait pareil.
On alterne comme ça, jusqu'au libérateur "The end".
Le dialogue qui suivra, comme vous pouvez le voir sur ces vidéos, se révèlera chiantissime. Mais Hopper a de la gueule, et lorsqu'on parle "drogues", il a l'oeil qui s'allume et moi l'oreille qui se redresse.
En sortant, on regarde Wenders être présenté à Tonino Benacquista et on sourit....
Les légendes ont la peau dure.
10/28/2008 Dans la vie, y a pas d'grands, y a pas d'petits. La bonne longueur pour les jambes, c'est quand les pieds touchent bien par terre. (Coluche)(Spleen et Idéal, Baudelaire)
Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens et lui donnent son équilibre et son harmonie.
(François Truffaut)
Rien ne met mieux en évidence la pudeur masculine que de jolies jambes féminines: dès qu'un homme en aperçoit, il baisse les yeux.
(Noctuel)
(Les deux dernières: May par Barnabé & David Milh)
Une des blagues que mon père aimait à raconter (même 150 fois...):
A l'hopital: - «Monsieur, j'ai deux nouvelles à vous annoncer, une bonne et une mauvaise. D'abord la mauvaise: j'ai dû vous amputer des deux jambes; la bonne: votre voisin de lit vous achète vos chaussures.»
10/27/2008 Mardi 21 Octobre / MayPhotos:
Melanogirl (body-painting: Malvina) / Zorgomatic (Aaaah, Marcel! & Ginette!, je vous aime!
(Philippe Breson)
Je vous ai déjà parlé de May, les traits de la perfection, la douceur, le rire extravagant....
Une deuxième rencontre, plus "intime" cette fois-là devait avoir lieu.
Le "shooting" avec Barnabé a été reporté au 12 Novembre, ça me laisse du temps pour maigrir (mais c'est très mal barré (en ce moment-même, je mange une tartine de Nutella en pouffant comme une ado)). Les photos qui suivent sont de Barnabé et font partie d'une série intitulée "Histoires improbables", celle où je vais poser, indeed.
Voici le myspace du photographe en question:
Cet été, j'ai essayé différentes choses, j'aimerais bien un résultat dans ce style, mais avec l'oeil d'un véritable photographe...
May m'emmène dîner au Zen-Zoo, un resto minuscule (où j'ai eu du mal à poser mes fesses, mais c'est une habitude, on s'y fait). On y boit des thés particulièrement originaux, munis d'une grosse paille, pour mieux aspirer les billes de tapioca qui se cachent dans le fond du verre. Impression de retour en enfance lorsque ces "dragibus" tendres glissent sur la langue comme des marschallows surprenants.
May parle beaucoup beaucoup beaucoup! On rit de plus en plus fort. On parle photos, hommes...névroses féminines (ouf, nous en sommes pleines! je n'aime pas les filles à la névrose légère, anyway). En sortant, nous jouons aux gamines durant une demi-heure, dans les rues de Paris. On se photographie et se filme aussi, pour Elodie, que nous allons rencontrer (enfin) fin Novembre. Un riche week-end à passer toutes les trois, au Lutétia (Elo est folle! elle a réservé une chambre là-bas pour que l'on soit heureuses). Elle nous a aussi offert des places pour aller voir Lemercier au Palace (le PALACE!!! - j'ai pensé à toi, Kev, évidemment...mon cher - ). Cette femme est d'une générosité qui me tue. Et nous nous ressemblons dans nos fêlures, ça va donner, ça, j'en suis sûre!
Ah oui: VIVE FACEBOOK!
Vive mon mari! Vive la République! Vive le slip! Vive nous! VIVE LA FRANCE!
(pouêt?)
KHAMSA (Karim Dridi)Seule critique film du mois à paraître, mais j'y tiens! Je l'ai envoyée au réalisateur qui est un homme dont j'apprécie la Vérité, l'engagement et le talent.Il m'a répondu "Bravo" et a proposé que l'on prenne un café ensemble avant qu'il parte dans le désert.
J'espère le rencontrer (c'est chouette et facile la vie (sometimes)).
KHAMSA
FUREUR AU CŒUR « Je leur demande de ne rougir jamais de ce qu’ils firent, de conserver en eux intacte la révolte qui les a faits si beaux ». Ces mots de Jean Genet, provocateur brûlant, adressés aux jeunes délinquants, Karim Dridi en a fait l’accroche principale de son Khamsa : son sixième film, son « gosse », son coup de poing d’énergie, de soleil et de rage. Il n’y a pas 36 façons d’approcher la misère, de montrer la terrible fureur de vivre de gamins inscrits dans une merde sociale, familiale et culturelle qui les laisse en marge, déscolarisés, abandonnés de tous. Tous les réalisateurs qui s’y sont intéressés (de Babenco à Bunuel, en passant par Kanevski) n’ont pas eu à utiliser l’esbroufe. Ils ont pris la lumière là où elle irradiait : devant eux, sur les visages bouleversants de ces enfants. Ils n’ont pas eu non plus à inventer la violence : elle était là. Comme celle, grondante, en sourdine, de Marco, Rachitique et Coyote qui vivent au camp Mirabeau, un camp gitan, sous l’autoroute du soleil, à Marseille et que le destin n’aura de cesse de pousser à la délinquance, en ne leur offrant jamais une porte ouverte, une sortie de secours. Dridi a pris des acteurs non professionnels pour la plupart, des enfants de ce camp. Il a vécu à leurs côtés pendant des semaines et a beaucoup travaillé en amont avec eux. Il en sort une force et une vérité époustouflantes à l’écran. Filmé dans un superbe Scope (le réalisateur voulait le format le plus noble pour filmer « les gueux », ceux qu’on ne regarde jamais), Khamsa est aussi lumineux que le sourire de Marco et son regard plein de défiance. L’enfant est une découverte de toute beauté, il porte littéralement le film sur ses fragiles épaules. Fils d’une mère arabe décédée et d’un père gitan (Simon Abkarian, encore étonnant) qui l’abandonne complètement (il faut voir la scène hallucinante dans une caravane où celui-ci lui fait boire de l’alcool, danser avec sa maîtresse (une sorte d’Amy Winehouse déglinguée) et plus ou moins assister à ses ébats), à nouveau orphelin d’une grand-mère adorée qu’il perd au début du film, Marco se fait sa propre famille, entre Tony, le grand frère qui le fait rêver à un « ailleurs » possible qu’ils se paieront grâce au combat de coqs que celui-ci prépare, Coyote, son pote de toujours et Rachitique, un arabe de la cité, qui vit de vols à l’arrache. On pense beaucoup aux films de Kechiche, surtout le premier quart d’heure. Le plongeon dans une langue «archi- vivante » qui nous est parfois incompréhensible, est brutal. Il faut du temps pour prendre ses repères, mais là, on vient nous chercher, on veut "être entendu" (contrairement aux films de Desplechins où on reste scotché en marge, avec l’impression d’observer un doc animalier sur « nos amis les bourges »). Dridi nous tend un miroir, sans jamais poser de jugement sur ses personnages ou nous faire prendre parti. On y voit le reflet d’une France multi-ethnique, pleine de contrastes, d’additions et de souffrances, qui ne veut pas regarder ses pauvres et préfère les cacher sur des aires en périphérie de tout (et de rien, surtout), d’un pays où ta place n’est nulle part, et où certains marchent en équilibre, en contrebas du monde et des villes. Dans un final douloureux, où Marco court vers un avenir qu’on sait sans espoir, on pense au Pixote de Babenco, errant lui aussi sur une voie de chemin de fer, foutu…Et on a la rage au bide en sortant. A l’heure où j’écris ces lignes, Karim Dridi s’apprête à emmener Marion Cotillard et Guillaume Canet dans le désert, afin d’y tourner Le dernier vol de Lancaster. C’est pourtant Khamsa qui l’obsède aujourd’hui, film qu’il défend bec et ongles et qu'il souhaite voir agir « comme un anti-corps sur une facilité de pensée ». En cela, le pari est gagné,Khamsa, comme une ôde à l’enfance enfuie, sublime déclaration d’amour d’un cinéaste engagé, remet à leur place les oubliés de ce pays : au premier rang.Conseillé aux boulangers, aux « chmites », aux enfants du bitûme et du soleil, aux incompris, aux compagnons de galère. A Sarkozizi. Aussi. Déconseillé aux aveugles (au sens propre comme au sens figuré : tant de lumière, ça tue). 10/26/2008 Critiques Dvds NovembreJ'ai pas bossé des masses ce mois-ci.
Goffette m'avait envoyé six dvds, j'en ai vu que trois. Et je me suis même permis de tout renvoyer en retard...
Tous les mois, je fais chier avec mes décalages et retards de "rendu de copie".
Un jour, on ne fera plus appel à mes services, tel que c'est parti...
Le prochain Brazil sort mercredi, le 29. This is the couv'.
LE PREMIER VENU
Budget réduit, lumière naturelle, acteurs non professionnels (hormis Gerald Thomassin, le « petit criminel » de Doillon, retrouvé 18 ans plus tard), la joie de vivre et les sublimes paysages picards (non, je déconne …), une jeune femme qui cherche l’intensité dans une vie morne en s’agrippant à un mec paumé, le « premier venu » (« forcément quelqu’un d’important si on décide de le regarder pour de vrai »), un regard d’amour qui révèle la sensibilité d’un homme qui ne s’estime plus, enfin un triangle amoureux … Voilà le dernier Jacques Doillon, sorti discrètement au printemps dernier, après cinq ans d’absence. Même si le fond, chez lui, reste toujours fort, le peu de moyens dont a bénéficié le réalisateur porte préjudice au film. Ça n’est pas très « beau » à regarder et souvent pénible à entendre (artificialité des dialogues, ton agaçant, décalage entre le jeu des comédiens et l’œil qui les capte). Cependant, Thomassin « habite » littéralement le film et sa violence, son incapacité à « échanger » avec cette femme et avec le monde, mettent l’acteur au premier plan, effaçant un peu le jeu plus inégal de sa partenaire. Comme unique bonus, un making-of gris et modeste aussi, où l’on met l’accent sur le fil rouge qui relie tous les films de Doillon : l’ « impossible communication », le langage qui détache les corps, rend l’ union impossible. Les Cahiers du cinéma et Télérama ont adoré.
L’HOMME QUI VOULAIT SAVOIR
« Je m’appelle Raymond Lemorne, je suis sociopathe et claustrophobe. Je n’ai jamais trompé ma femme. » Voilà pour les présentations. Vous n’avez sûrement jamais entendu parler de ce thriller étouffant, datant de 1989, pourtant multi-récompensé, avec un terrifiant Bernard-Pierre Donnadieu au générique. Adapté du roman « L’œuf d’or » de Tim Krabbé, cette quête éperdue (et suicidaire) d’un homme dont la femme a disparu sur une aire d’autoroute, kidnappée par un respectable père de famille, vous mettra les nerfs en pelote. Mise en scène tendue, intelligente, mêlant deux narrations en parallèle : celle de la torture psychologique de l’époux par le ravisseur (et probable meurtrier) de sa femme et celle du récit de sa « méthode » pour l’enlever (accompagné de ses réflexions « philosophiques » détachées et glaciales). Ambiance inquiétante, scénario machiavélique et acteurs incroyablement bons font de ce film une rareté qu’il est bon de redécouvrir aujourd’hui. Le film est marqué par une esthétique et un grain « années 80 » qui, loins de gâcher notre plaisir, rendent l’atmosphère encore plus poisseuse. La tension au cordeau ne s’apaise jamais, le suspense arrivant à son apogée lors d’un final pervers (pas loin de rappeler un certain « Kill Bill 2 »…) A noter que le réalisateur, George Sluizer , a lui-même remaké son film, avec tout autant de talent,en 1993, sous le titre « La disparue », avec Jeff Bridges et Kiefer Sutherland.
NACIDO Y CRIADO
Avant son passage très remarqué à Cannes, cette année, avec « Leonera » (sa femme, Martina Gusman, partait favorite pour le prix d’interprétation féminine), Pablo Trapero, un des chefs de file du renouveau du cinéma argentin, avait sorti chez nous ce drame sensible, co-produit par son ami Walter Salles. Un architecte perd sa femme et son enfant dans un accident de la route, après que le contrôle du véhicule lui ait stupidement échappé. De la lumière au blackout…Le réalisateur utilise une énorme ellipse et l’on retrouve l’homme, dévasté, hagard, travaillant dans un aéroport en Patagonie, noyant sa douleur dans le sexe et l’alcool. Il s’agit ici de faire un long cheminement dans l’esprit d’un homme, qui passe par « la congélation de tout ce qui s’est consumé en lui » . Le décor est blanc et froid, comme la page vierge sur laquelle le héros, devenu l’ombre de lui-même, doit à nouveau tout réécrire. Le film est fragile, on frôle parfois le plombant mais il explore les tréfonds de l’angoisse et de la culpabilité avec finesse. Cela peut être vu aussi comme un exercice non anodin sur le thème de la « disparition », encore très prégnant en Argentine dans l’inconscient collectif et le travail de deuil douloureux qui s’ensuit, avec effondrement des repères et reconstruction difficile, voire impossible. Une rétrospective des cinq films de Trapero (touchant tous à un genre différent) aura lieu à la Cinémathèque, en sa présence, du 31 Octobre au 02 Novembre. Allez y jeter un œil. 10/19/2008 Wish you were here..derrière mes paupières
loin des tempêtes
comme un point fixe qui jamais ne vacille
au cours de mes chutes infinies
souvenir d'un phare solide, amarré
qui éclaire si je chavire
même en plein bonheur,
derrière les soleils imbéciles
mémoire d'un sourire
présence d'un ami
en mode silence
en mode difficile
je t'entends
malgré tout...
je ne perds pas le fil
ne lâche pas le fil
ne lâche pas...
à K.,
ton amie...
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mélaniewrote:
Coucou Alex,
bon je comprend pas ca fait deux fois que je viens a quelques jours d'intervalles et je ne voit aucun billet sur ton blog.. impossible d'y accéder !! je dois décoconner de l'ordi ou du chapeau!!!
MDR
gros bisous
Oct. 21
véronique dimicoliwrote:
bon, je le jure, c'est la dernière trace que je laisse pour la journée ! ;-)
j'aime beaucoup ce blog, miss, la divine Garbo, la justesse de ton regard et la tendresse de ton coeur qui s'abandonne dans l'accueil des rencontres, des univers, des visages, des mots et des images ... un joli "voyage", si je peux dire, empli de sensations et d'émotions vibrantes, et, toujours, ces références cinématographiques qui me font plaisir et me ramènent à mes folles années cinéphages ;-)
à très bientôt par ici ...
mon espace myspace n'est qu'une sorte de compilations de textes et de clips vidéos, un peu ma malle à souvenirs et à trésors que je viens lire ou visionner les jours sans, histoire de ne pas oublier les belles choses qui font tenir ;-)
des bisous
Véronique
Oct. 12
laurent boyetwrote:
Merci Alexandra de m'avoir accepté dans ton blogomonde si enchanteur....
Aug. 7
laurent boyetwrote:
je trouve ton blog génial (je sais tout le monde te le dit) et tes mots très justes... A bientot
Aug. 7
Fredwrote:
Coucou Doudou,
Je viens de finir de lire ton interview de Bouli Lanner. Je suis impressionner! Tu sais faire parler par ton écoute et ta compréhension, ça je le savais. Mais cette interview est des plus touchante! Je suis aussi impressionné par tes connaissances technique et les questions que tu as posés, ça je le savais pas, tu m'as surpris!!! En tout cas j'adore. BRAVO. C'est la meilleure interview qui m'a été permise de lire. Bon je suis pas le plus objectif ms quand même. C'est intéressant, touchant et drôle... Bah oui en fait à ton image koi! Des gros bisous!!!!!!
June 29
Fredwrote:
Ok ok, je me concentre.
Il ne faut pas que je me rate là... Et je suis beaucoup moins a l'aise que toi à l'écrit. Dois je rappeler ici que je tiens beaucoup à toi? En tout cas je suis trop content de te lire dans cet excellent magazine (ça fait un peu compliment facile, mais tu me connais si je le dis, je le pense.. Je suis le premier à dire que c'est de la merde, si c'est le cas!!!) J'ai incité plein d'amis à acheter ce magazine et ils adorent donc je vais continuer. Encore Bravo, j'ai hâte de te relire dans le prochain Brazil. Bisous. Fred.
May 30
ashdee - gorille sauvagewrote:
bonjour la belle bleue. ton blog est un régal. à la prochaine.
Apr. 28
MICHEL PIGNOUFwrote:
bonsoirAlex et cive,
avec toi ton entourage ne doit pas s'ennuyer!
curieux blog!
amitié michel
Apr. 14
Audewrote:
Merci ma Alex pour tes paroles toujours aussi belles et réconfortantes...tu es un Ange...
Mar. 24
NOFÂwrote:
Vraiment super, je n'suis qu'un novice, depuis deux s'maines, quand je vois tout ça, les bras m'en tombent, toutes mes ficelles de calçon, merci à toi, j'ai passé un moment super dans se caléhidoscope buitiful, TCHATCHAHô^à +
Feb. 28
mélaniewrote:
thanks Alexxxxx!!!!!!!!
lol je suis une pauvre petite provinciale... j'abites ds le grand sud vers avignon...et je ne connait pas du ts Paris!!! Mais ta proposition m'honores!!!
Et si tu parles de ton âge canonique moi je ferais quoi pauvre petite gamine ds ces baskets a côté d'une femme d'uen vrai comme toi!!
30 c'est le plus belle age d'une femme ;-)!!
Feb. 20
benoit tiberghienwrote:
1 mois pile que je suis venu sur ton spaces,t'es trop,je t'adore Bizouxx Benoit
Feb. 10
Isa des Boiswrote:
c'est la guadeloupe qui repasse par là..j'adore les albums photos...(voila, c'est dit..et toc...)
à bientôt !
une bise !
Isa (monitrice de plongée au chômage technique-pour-cause-de-couvage et qui regarde juste les autres, de loin, aller voir les jolis poissons des antilles arf arf !)
Feb. 8
benoit tiberghienwrote:
j'ai passé un bon moment avec circulez rien a voir,j'ai tout vu et pas eu envie de circuler MERCI
Jan. 10
ashdee - gorille sauvagewrote:
Ceci n'est pas un blog.....
Mais un chef d'oeuvre!
....gorille sauvage
Dec. 30
Fredwrote:
Coucou Doudou!
Ça fait un bail! Je t'écris sur ton petit blog pour avoir quelques nouvelles de toi.
TU ME MANQUES!!!
Je ne sais pas si ce vieil adage qui dit "pas de nouvelles bonnes nouvelles" est vrai! En tout cas, j'espère sincèrement que tu vas bien, car tu fais partie des personnes à qui je tiens énormément et si tu te sens pas bien je serai aussi blessé. Tu as donc une lourde responsabilité! Je tiens beaucoup à toi et j'espère te voir très bientôt, car j'ai un petit cadeau sénégalais
pour toi. En tout cas je suis très heureux de t'avoir connu, vécu des belles choses avec toi,...
T'es quelqu'un de génial avec qui je passais du très bon temps. Je t'envoies aussi cette tof, ça c'est cadeau!!!
Je t'embrasse très fort.
Fred, juste un mec qui t'aime et pense à toi.
Dec. 21
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